Il a connu la peur sous toutes ses formes, jusqu'à en devenir un expert. Chaque fois qu'il prend ainsi des risques, il teste la patience de son créateur. Survit-il ? Bien : celui-ci a donc fermé les yeux une fois encore et l'a tiré d'affaire. L'homme décrit ainsi par John le Carré est un des plus grands photographes de guerre. Un des rares avec un style : Don McCullin. Auteur d'images inoubliables saisies au Vitenam, au Biafra, au Liban, au Salvador au Congo ou au Cambodge. Il en a plublié il y a seize ans un recueil de souvenir "de voyou photographe", qui sort ces jours-ci en France : Unreasonable Behaviour. Risques et périls. Quelques images rythment ce pavé de 400 pages, mais c'est bien le récit à la première personne qui subjugue. Il écrit comme il parle, d'une voix saccadée et précise. Il écrit comme il photographie. Tout près des corps disloqués, mais avec une distance froide qui permet de donner chair aux sujets.
A l'inverse de Robert Capa et Larry Burrows, Don McCullin est toujours en vie à 71 ans. Il est encore là parce que sa vie entière pue la mort. Quand on fait partie des meubles de l'enfer, on finit par se faire oublier. Partout où il va, il en fait un champ de bataille. Ses photos insoutenables d'enfants biafrais à
l'agonie, de la classe ouvrière anglaise, de son frère légionnaire ou de ses copains qui errent dans Londres portent la même douleur. Autodidacte qui ne respecte pas les manières et les conventions, il prend des risques insensés sur le terrain. Roué de coups, blessé deux fois, emprisonné, donné pour mort, miraculé. Son chemin de croix s'achève à Londres. Le gouvernement lui interdit en 1982 de couvrir la guerre au Malouines, il assiste à l'agonie de sa femme qu'il avit quittée ainsi q'uà celle de son journal, le Sunday Times Magazine qui remplace "les bébés mourant de faim au tiers-monde" par le "barbecue dominical des hommes d'affaires en vue".
Les années passant, McCullin a vacillé : J'ai risqué ma vie, j'ai eu des tas de récompenses, j'ai publié des livres, mais mes images n'ont rien changé du tout. Je voulais réveiller le monde. J'étais naïf. Le voyou photographe finit rongé par une énorme culpabilité. Celle d'être vivant, d'avoir bâti sa réputation
sur le dos des morts, de voir ses photos au musée alors qu'il disait, il y a trente ans : Je hais l'art, je veux que mes images puent un peu. Aujourd'hui il va mieux. Il regarde son cinquième enfant grandir, se lève à 5 heures du matin et s'apprête à partir en reportage sur des ruines de l'Empire romain. Le corps traîne un tas d'éclats de mortier coincés sous la peau, mais il bouge encore.




















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